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La STRATEGIE de la PLAGE

Chiffrer son projet pour se projeter

Souvent, l’exercice de chiffrer son projet se résume à lister des charges en déroulant toutes les natures de dépenses qu’il est possible de rencontrer. Le porteur de projet se contente alors de remplir des cases prédéfinies : quel montant de loyer, avec ce loyer quelles charges locatives, quelles assurances à prévoir, etc. Avec ce type de démarche l’objectif est déjà partiellement atteint : le porteur de projet s’impose un effort de précision (le loyer commercial d’un local ne sera pas le même d’une ville à l’autre ou selon l’usage qu’il lui destine) et tente de se projeter dans les différentes situations concrètes qu’il rencontrera a priori à la mise en œuvre de son projet.

A priori seulement, car la première difficulté est d’être précis pour quelque chose qui n’existe pas encore. Manipuler de tels chiffres prévisionnels, qui n’ont donc rien de prévisionnels car ils n’annoncent pas la météo (dont les prévisions s’appuient sur des logarithmes et un support scientifique) suppose d’avoir conscience de la déformation entre la réalité des chiffres et notre perception de ces chiffres ; notre appétence ou notre aversion face au risque crée cette déformation.

David LOUAPRE, physicien chercheur, montre au travers d’une « simple » video Youtube que nos perceptions sont déformées selon que l’on parle de gain ou de perte, que l’on parle de très grands ou de très petits nombres, etc.

Pourquoi faire un chiffrage ?


On peut trouver 4 vertus essentielles au chiffrage :


Evaluer la viabilité du projet : on est ici dans le meilleur des cas, un marché existant et mature, une compétition établie, la zone d’incertitude est faible et la vie du projet tient davantage à l’entrepreneur et à sa capacité à la mettre en place qu’au contexte (ex : lancement d’un restaurant).


Evaluer le besoin en financement : toujours dans la même démarche, et en prenant l’exemple du restaurant, l’étude des chiffres permet d’identifier l’investissement initial et le besoin en trésorerie pour supporter les premiers mois d’activité, toute chose égale par ailleurs évidemment.


Evaluer un risque : en fait plus on va vers l’innovation et vers des marchés naissants -voire inexistants comme l’innovation de rupture, plus la zone d’incertitude augmente et plus la prévision se rapproche de l’exercice de la boule de cristal. Bien malin qui aurait pu dire que Tesla atteindrait son premier trimestre profitable en 2018 en ayant démarré en… 2008. Lorsque l’on se trouve dans cette incertitude le jeu de l’évaluation du marché accessible devient de moins en moins précis et de plus en plus intentionnel. En revanche les coûts, eux, sont réels et concrets, ils définissent la zone de risque.


Réfléchir en perte acceptable : beaucoup de projets ne réclament pas de montage compliqué ni de projection à 5 ans. Pour exemple, tous les projets qui ont pour but la création d’applications ou sites web marchands peuvent se réfléchir dans ce sens. Seuls les coûts sont finalement pertinents et l’évaluation d’un marché n’a finalement que peu d’intérêt (démarche de l’effectuation). Dans cette approche on part avec ce que l’on a, et ce que l’on est, et on réfléchit en perte acceptable successive. Chaque étape permettant de financer la suivante.

Comment chiffrer son projet

Pour chiffrer efficacement un projet, l’idéal est alors de reprendre la liste de charges préalablement rédigée et face à chaque dépense se poser les bonnes questions :


  • Est-ce que j’en ai absolument besoin ? sans cette dépense je ne peux pas démarrer ? Cela permet de définir le scénario de la première phase (souvent la première année d’un prévisionnel financier) du projet, et de mettre de côté certaines dépenses qui « nous font plaisir » ou « nous aident à nous projeter ».


  • Quelle est la valeur ajoutée de cette charge, perçue par mes -futurs- clients ? Cette question remet en cause bien souvent notre vision des dépenses. Car évidemment, le chiffre d’affaires ne se déduit pas du volume de charges engagé, trop souvent les porteurs de projet estiment leurs charges puis définissent une marge à atteindre… et en déduisent tout simplement les volumes de ventes qu’ils vont mentionner sur leur prévisionnel à 3 ans !

L’exercice consiste donc à voir au-delà, au-delà de la perception première (les cases à remplir), imaginer la naissance d’une nouvelle personne morale (la société à créer), envisager son évolution.


De là à la poésie, il n’y a qu’un pas…

Voir un monde dans un grain de sable

Le paradis d’une fleur sauvage

Tenir l'infini au creux de sa main

Et l'éternité dans une heure. 

                                                                                                     W. Blake

Chiffrer son projet pour se (re)poser la question


Evaluer, estimer, chiffrer, prévoir sur tableur Excel un budget à 3 ans… La tâche peut sembler exigeante (être précis/exhaustif dans le chiffrage) et périlleuse (Excel n’étant pas la représentation exacte de la réalité)…

Pourtant cet exercice de chiffrer un projet peut devenir une vraie source d’inspiration, l’occasion de s’interroger sur nos motivations -chiffrées- qui nous pousse vers l’entrepreneuriat : quel type de « rente » est-ce que je viens chercher en créant cette nouvelle société ? Trois types de « rente » sont possibles :


  • La rente financière : me verser un salaire, faire fortune, etc.
  • La rente temporelle : gagner du temps pour mieux le « dépenser » dans sa vie personnelle, travailler à temps partiel, etc.
  • La rente sociale : devenir son propre patron, indiquer « CEO » devant son profil Linkedin, entreprendre une action qui « fait sens » (pour soi, pour les autres, pour la planète, etc.)

L’une des réponses possibles est de chercher à se verser simplement un salaire correct, de s’affranchir des contraintes d’un CDI (soumis aux exigences de reporting de divers supérieurs hiérarchiques transversaux, par exemple), et de tenter de dégager in fine du temps pour soi, quand la structure sera suffisamment développée et en rythme « de croisière ». Cette posture qui n’empêche pas de faire fortune ni de mentionner CEO devant son pseudo, s’appelle la « stratégie de la plage ».


La plage, lieu commun de projection


Il faut alors prendre le sujet à l’envers, et concevoir le modèle économique qui permettra au bout de 1, 2 ou 3 ans (rayon les mentions inutiles) de mettre « hors circuit » son fondateur : le créateur de la société n’est plus indispensable au revenu stream, il peut être remplacé, voire même il n’est plus nécessaire.


Dans cette optique, nous ne sommes pas très éloignés des perspectives que propose Timoty FERRISS dans son best-seller « La semaine de quatre heures ».


Les nouvelles technologies, le marketing digital, les applications mobiles… autant d’innovation qui bouleversent les règles du jeu et rendent possibles une telle stratégie. Car ces fonctionnalités sont accessibles à tous, même à l’entrepreneur individuel.

Projetons-nous encore un instant sur la plage…


 « cette plage représente 280.000 tonnes de sable, en hausse de 4,2% par rapport à l’an passé du fait des courants marins et des nouvelles règles de comptabilisation des grains de sable » (le Comptable)


« En une journée, les transferts de température et d’énergie sont estimés à 20 millions de Kilojoules, ces flux correspondent à une valeur de marché de plusieurs millions d’euros, l’atterrissage prévisionnel de l’activité à fin d’année est donc revu à la hausse avec les prochaines tempêtes en perspectives » (le Contrôleur de gestion)


« cette vision de la plage est l’image fidèle de ce que verra le touriste l’été prochain » (l’Auditeur externe)


« le soir, le soleil se couche, c’est beau » (Coluche)






Vincent Picard

Co-fondateur d’INCUB-online

Enseignant en Comptabilité

Coach en incubateur





Références : 


Timoty FERRISS, "La semaine de quatre heures"

David LOUAPRE, physicien-chercheur et youtubeur à ses heures....

Puisque tu es encore là...

tiens, c'est cadeau : un PCG en couleur,

comme une invitation au voyage entrepreneurial...