Acheter un business plan sur une étagère ?

Autant ne rien faire !

Tout part d’un échange avec un porteur de projet

Un porteur de projet est venu me voir avec un superbe business plan vraiment très beau, très propre. Il était très fier : pour quelques dizaines d’euros il avait acheté un « Business Plan Parfait » qui décrivait son activité, et son projet. Rien qu’en le disant, on sent déjà qu’il y a quelque chose de pas clair. Après quelques questions, il s’est très vite aperçu que son document était…. juste beau !!! mais n’était pas SON projet. Nous y reviendrons un plus loin.


Alors je suis allé sur ces sites internet qui proposent des Business Plan « sur étagère », le prêt-à-la-consommation de la création d’entreprise,


et voilà ce qu’on y trouve :

« VOUS NE SAVEZ PAS FAIRE UN BUSINESS PLAN ?

ON L'A FAIT POUR VOUS »       

« Nos présentations modifiables sont rédigées pour que vous passiez le moins de temps possible sur votre Business Plan. 90% du contenu est directement réutilisable, le reste doit être légèrement modifié.

Cela vous prendra environ 30 minutes »

Comment peut-on écrire ça, qui peut croire que l’achat d’un business plan « finalisé à 90% » (dixit le site en question) permet la création de son entreprise en toute sécurité ? Qui peut croire qu’une banque, qui voit pour la 100ieme fois les mêmes données, les mêmes valeurs, les mêmes schémas, puisse encore y croire ? Qui pense encore que la décision d’un investisseur dépend d’un préformaté générique et impersonnel ?

 

      Dis comme cela, la réponse semble évidente...             

pourtant ces sites sont légions                 

           

La raison d’être d’un business plan


Dans le processus de la création d’entreprise 4 étapes principales peuvent se décrire. Chacune d’elle pouvant, pour simplifier, correspondre à des niveaux de maturité différents de l’entrepreneur ; sensibilisation, existence de l’idée, formalisation du projet et démarrage de l’entreprise. Ce modèle est issu de la recherche universitaire et fait l’objet d’une littérature abondante.   

A chacune de ses étapes un besoin de recherche et de formalisation différent :


  • La propension : dans cette étape la création d’entreprise est envisagée comme un futur possible. Le travail de recherche et d’écoute permettant la prise de conscience de l’opportunité


  • L’intuition entrepreneuriale : l’idée existe d’une façon plus intuitive que concrète. A cet instant le travail de l’entrepreneur est sur la concrétisation et l’évaluation de l’idée. C’est l’étape du business cas ou du Business model. Premier moment de la concrétisation (pré-incubation), pour évaluer la faisabilité et la viabilité, sans pour autant entrer l’étude concrète de la mise en place opérationnelle. 

Un business model décrit la manière dont une organisation crée, délivre et capture de la valeur. C’est une représentation très visuelle de la façon dont une organisation réalise du chiffre d’affaires et gagne de l’argent. Il détaille donc la façon dont l’organisation crée de la valeur pour ses clients et la monétise.


Toutefois il ne donne qu’une description et une représentation simplifiée de la réalité, (…) et  ne rentre pas dans les détails complexes relatifs aux stratégies et aux processus organisationnels mis en œuvre.


Il conduit à : - Décrire et analyser - Générer des idées en utilisant des techniques de créativité - Identifier les interdépendances qui les relient - Concevoir des plans d’action pertinents, innovants et performants.

Extrait de ÉVOLUTION SCIENTIFIQUE DU DISPOSITIF

 « MOTIVATIONS, APTITUDES ET COMPORTEMENT ENTREPRENEURIAL » (MACE)

De l’accompagnement technico-économique du projet entrepreneurial

au soutien psychosociologique de l’entrepreneur


Gérard Kokou Akrikpan DOKOU

Directeur du Centre Entrepreneuriat du Littoral (CEL/Hubhouse)

 et du Laboratoire du CEL

Le terme de business model ne doit pas faire peur, le concept est en fait assez simple. Il s’agit de poser les bases de son affaire et de répondre à des questions concrètes qui ne sont pas spécifiques à un secteur ou une activité : Y a-t-il des clients pour mon projet ? mon projet est-il faisable ? mon projet est-il viable ? Cette question concerne tous les projets, qu’ils soient innovants ou non, locaux ou internationaux. Bref, que l’on monte un restaurant végan à Montpellier ou que l’on travaille sur les batteries du futur, aucune différence dans les sujets à traiter…. La différence sera dans les méthodes et outils que l’on utilisera ! 


  • La décision entrepreneuriale : Au terme de cette évaluation une décision est prise par l’entrepreneur. Continuer et penser au « comment » ou bien arrêter. C’est à ce moment que la question du « comment » arrive. Cette question est bien sûr propre à mon projet, même si je monte un restaurant, ce restaurant ne sera pas le même que mon voisin !

Le plan d’affaires n’est pas seulement un dossier à l’intention d’éventuels investisseurs ; il est aussi de première importance pour l’entrepreneur lui-même. Sa préparation est en effet l’occasion pour lui de bien réfléchir à tous les aspects de son entreprise, d’envisager les conséquences de différents axes de marketing, d’évaluer plusieurs stratégies financières et opérationnelles, de se fixer des objectifs et de déterminer les ressources humaines, physiques et financières nécessaires pour les atteindre.


En d’autres termes, un plan d’affaires n’est pas un document rigide. Il doit pouvoir évoluer en fonction de la conjoncture du moment et s’adapter à ses interlocuteurs pour coller à la réalité économique (Boutillier et Uzinidis, 2006 ; Zott et Amit, 2008). Il est bien entendu que la plupart des investisseurs vondront vérifier que le plan qui leur est soumis a été soigneusement réfléchi, et que l’équipe chargée de le manager a bien les compétences requises pour le mener à bien, profiter des opportunités qui pourraient se présenter, résoudre les inévitables problèmes et réaliser des profits


Gérard Kokou Akrikpan DOKOU

Directeur du Centre Entrepreneuriat du Littoral (CEL/Hubhouse)

 et du Laboratoire du CEL

La décision du démarrage ouvre un nouveau champ d’étude et de travail, plus concret : quel type d’entreprise, quel plan marketing, quel besoin en compétence, quel besoin en financement… toutes ces questions sont évidemment à traiter par le porteur de projet. Mais à quel moment le business plan est-il à produire et pourquoi ?


Un business plan pour quoi faire


Comprendre ce qui se cache derrière un business plan c’est comprendre les spécificités de son projet. Un business plan, n’est pas seulement un document mais avant toute chose une liste de sujets qui peuvent être clés pour la réalisation d’un projet.

Connaitre précisément sa concurrence, identifier la valeur unique de son offre, évaluer son besoin financier sont évidemment des sujets clés pour une entreprise...

On comprend mieux pourquoi acheter un business plan « sur une étagère » n’a aucun sens. Cela revient à banaliser et standardiser quelque chose qui se veut au contraire spécifique et unique. Les thèmes à aborder, et donc à étudier, dans un plan d’affaires sont parfaitement connus, voire même normés.


Au-delà de la forme, les sujets :

(ÉVOLUTION SCIENTIFIQUE DU DISPOSITIF « MOTIVATIONS, APTITUDES ET COMPORTEMENT ENTREPRENEURIAL » (MACE))

Et d’ailleurs pour avoir un préformaté gratuit, et sans vouloir faire de publicité, allez faire un tour sur les sites des banques comme le Crédit Agricole qui en proposent. Leurs avantages ? ils sont produits dans le format attendu par les lecteurs.  wink

Pourquoi les banques ? et bien tout simplement parce que lorsqu’un projet démarre et qu’il a besoin de financement, les banques et autres investisseurs demandent ce document… C’est en fait sa première -et dans beaucoup de cas- la seule utilité que l’on peut trouver dans son existence formelle, c’est-à-dire en tant que document.

Le business plan dans son existence formelle est donc avant toute chose un document d’échange montrant les spécificités d’un projet et donnant aux parties prenantes des informations importantes sur l’originalité, la faisabilité, la viabilité, la rentabilité et le risque.

Que dire d’un business plan acheté « sur l’étagère » ? je vous laisse répondre à cette question.

Mais pour éviter tout malentendu, cela ne veut pas dire que ce document doit-être illisible, mais que le fait qu’il soit beau et que l’on passe peu de temps à le construire ne sont évidemment pas des critères de valeur lorsque l’on parle de business plan ou modèle d’affaires.


La création d’un business plan :  un passage obligé ?


Là encore, l’évidence n’est pas de mise et même si ce mot est dans la bouche de tous c’est plus par habitude ou absence d’alternative conscient.

La création d’un business plan n’est-elle la seule façon de créer une entreprise qui fonctionne. Depuis longtemps les études ont montré que la performance des entreprises qui préparent un plan d’affaires n’est pas meilleure que la performance des start-ups qui ne le font pas. Là encore la littérature est abondante.


D’autres approches existent, tout aussi efficace comme l’effectuation. Elles interviennent en fait comme un inversement de la démarche.

  • L’approche stratégique traditionnelle : Le business plan est donc l’approche stratégique traditionnelle qu’il illustre, part de l’objectif, la vision de l’entrepreneur et en déduit les causes permettant de l’atteindre. C’est ce que l’on appelle la démarche causale. On définit la cible finale et on en déduit l’ensemble les actions, ressources et investissement qui permettent de l’atteindre.


  • L’effectuation : Cette approche part du présent, des ressources disponibles et évalue les risques en pertes acceptables. Dans cette approche on part de l’action, et non de l’étude, pour avancer. Le projet se construit à la faveur de la découverte, de la surprise, de l’expérimentation et des partenaires. Chaque avancée, chaque entrée de partenaire permettant de construire l’étape suivante. De grandes réussites sont le résultat de cette démarche.


« Faire aujourd’hui, faire avec ce que l’on a, être courageux sans être téméraire, construire le patchwork qui dessine le futur et garder sa direction sont les principes simples qui définissent l’effectuation » Frédéric Mazzella, Président et fondateur de BlaBlaCar.

(tiré de la préface du livre : Effectuation, les principes de l’entrepreneuriat pour tous.)


Je consacrerai mon prochain article sur ce sujet de l’effectuation, restez connectés !





En synthèse


Quelle que soit l’approche utilisée, les questions de bases relevant de l’étape de la concrétisation son à traiter, tenter d’évaluer l’existence d’un marché, de connaitre ses concurrents… sont à coup sûr des points de passage obligatoires dans la grande majorité des projets. Dans d’autres cas, et plus spécifiquement pour les projets fortement innovants, la démarche doit être autre. Comment évaluer un marché qui n’existe pas, comment prévoir (ou prédire) dans une telle incertitude ? Nous en reparlerons dans un autre article.


Dans le cadre d’une recherche de financement, gardez à l’esprit que les investisseurs cherchent en premier lieu à mesurer l’engagement, le sérieux et la compétence d’un entrepreneur ou d’un groupe d’associés. Arriver avec un business plan banalisé et standardisé est probablement la meilleure façon de leur montrer le contraire.


Originalité, sérieux et maitrise des risques ne riment pas

avec « 30 minutes pour faire un business plan »,

qu’on se le dise !


Cyril Salort

Co-fondateur d’INCUB-online

Enseignant en stratégie et Management

Coach en incubateur




Sources et Bibliographie


L’intention entrepreneuriale : théories et modèles, Azzedine Tounes, 2007

ÉVOLUTION SCIENTIFIQUE DU DISPOSITIF « MOTIVATIONS, APTITUDES ET COMPORTEMENT ENTREPRENEURIAL », Gérard KoKou Akrikpan DOKOU